Observation
nussim mon petit fils nipin c’est l’été
atusseu il travaille patush plus tard
mińupańu il va bien pimipatau il passe en courant
mińueńitamu il est content de qqch minashtakan dimanche
ashinataimu il dessine qqch ishinamu il perçoit qqch
utishinikashun son nom mishishtu il est grand
nutim au complet atashpiteu il change de vêtement
shenamu il ouvre qqch iman c’est difficile
massin soulier nipuamun je rêve
tshituteu il part à pied ashukan pont
namesh poisson nimish ma sœur

Les voyelles en gras dans le tableau ci-dessus sont des voyelles brèves.

DIFFICULTÉ
La question des voyelles brèves pose probablement le plus grand défi à l’apprentissage de l’écrit en innu. Cette difficulté découle du fait que, très souvent, les voyelles brèves ne sont pas prononcées en tant que telles, quand elles ne sont pas complètement effacées dans certains contextes.

Description du problème

Alors que, d’une part, les lettres qui correspondent aux voyelles longues sont assez faciles à décoder, et que, d’autre part, il est aussi facile de transcrire les voyelles longues qu’on entend en innu, la transcription des voyelles brèves s’avère plus compliquée, pour différentes raisons :

  • Dans les dialectes de l’ouest, et souvent aussi dans celui de Tshishe-shatshit, les voyelles brèves a et i ne sont pas prononcées comme des [a]Les transcriptions phonétiques sont mises entre [ ]. Les symboles phonétiques utilisés pour transcrire l’innu sont présentés à la page suivante. ou des [i], mais plutôt comme un [ǝ]Pour en savoir plus, svp voir le texte déroulant à la fin de la page.. Dans certains cas, les u sont aussi remplacés par un [ǝ]. Il est alors difficile de savoir s’il faut écrire un a, un i ou un u. Les exemples de l’encadré présenté en début de section illustrent bien cette situation.
  • Dans les parlers de l’est, particulièrement dans ceux de Mamit, les voyelles brèves sont conservées avec leur prononciation [a] ou [i], surtout en début de mot ou en fin de mot. À l’intérieur des mots, le i bref est moins clair que le i long; il est transcrit avec [ɨ] dans le dictionnaire innu, ce qui correspond à un i qu’on dit centralisé (prononciation entre [i] et [ǝ]); il est perçu comme plus relâché que le i long. Dans certains cas, on a une voyelle longue dans les dialectes de l’est, là où on a une voyelle brève ailleurs : atiku caribou, takuashu qqch est court, mikuau qqch est rouge.
    • Mise en garde pour les parlers de Mamit : – Dans les parlers de la Basse-Côte-Nord, on prononce souvent les i brefs comme des a lorsque cette voyelle i se trouve devant les consonnes k, m et p : shikaku mouffette, atipish une fine babiche, nutim tous. Ces cas demandent donc une attention particulière pour les locuteurs de ces parlers.
  • En début de mot, les voyelles brèves sont souvent effacées : auass enfant, atusseu il travaille, ishkuteu feu, ishpimit en haut. L’effacement des voyelles brèves en début de mot fait l’objet d’une rubrique spéciale.
  • En fin de mot, il peut aussi y avoir effacement de certaines voyelles qui servent également de marques grammaticales : utapana des autos, utauassima son enfant, atusseti quand il travaillera. Cette question de l’effacement des voyelles brèves en fin de mot fait aussi l’objet d’une rubrique spéciale.
  • Les voyelles brèves peuvent aussi être effacées entre certaines consonnes, qu’on appelle consonnes homorganiquesCONSONNES HOMORGANIQUES : même lieu d’articulation, par exemple m et p, qui sont des consonnes labiales, c’est-à-dire prononcées avec les lèvres, n et t, tsh, qui sont des dentales, c’est-à-dire prononcées avec les dents, etc. : entre n-t, t-n, n-tsh, tsh-n, n-n, m-p, p-m, m-m, etc. Voici quelques exemples d’effacement de voyelles entre ces consonnes :  mamituńeńitamu il pense, nitshiku loutre, pimi graisse.
  • Dans certains cas, les voyelles brèves a et i sont prononcées comme un u, alors qu’on doit écrire un a ou un i, comme dans les exemples suivants : pishimu mois, uapikun fleur, nitshiku loutre, pipun hiver, pakuenamu il enlève un morceau, takuashu qqch est court. Cette question fait l’objet d’une rubrique spéciale.

Solution orthographique

La solution orthographique qui a été retenue découle de l’histoire de la langue innue. En effet, les voyelles brèves innues ont déjà été prononcées comme de vrais [a], [i] ou [u]. De plus, des voyelles brèves sont encore prononcées comme des [a], des [i] et des [u] brefs dans certains dialectes, surtout ceux de Mamit. Il y a aussi une longue tradition d’écrire ces voyelles brèves comme en ancien innu.

Pour en savoir plus…

HISTORIQUE : Comme il existe quelques dictionnaires ancien de l’innu, rédigés par des missionnaires au 18e siècle , qui ont été transcrits et édités, il est possible de retracer les voyelles brèves avec leur timbre d’origine. Lors de la rédaction des dictionnaires innus modernes, des recherches ont été faites en ce sens pour que la transcription des voyelles brèves soit en lien avec l’histoire de la langue.

  • Laure, Pierre. L’apparat français-montagnais (1726). sous la direction de D. Cooter. Sillery (Québec) : Presses de l’Université du Québec, 1988.
  • Silvy, Antoine. Dictionnaire montagnais-français (1678-1684). Transcription de L. Angers, D. E. Cooter, G. E. McNulty. Montréal : Presses de l’université du Québec, 1974.
  • Fabvre, Bonaventure. Racines montagnaises (1695). Transcription par L. Angers et G. E. McNulty. Québec : Centre d’études nordiques, Université Laval, 1970.
RÈGLE DES VOYELLES BRÈVES – Pour écrire les voyelles brèves, on doit utiliser les lettres a, i et u, sur la base des voyelles historiques.

Mise en garde : On ne doit jamais utiliser la lettre e pour écrire une voyelle brève, parce qu’en innu, cette lettre sert exclusivement à écrire une voyelle longue, le [e:] qui correspond au é du français. Voici quelques exemples avec la lettre e qui correspond à la voyelle longue [e:] :

EXEMPLES DE MOTS CONTENANT LE SON [e:]
eńiku araignée, fourmi nemu il grogne
ńeńeu il respire mińueńitamu il est content de qqch
shenamu il ouvre qqch nitatussen je travaille
tepateu tarte, pâté Pińashue François
pińeu perdrix meshkanau chemin

OUTIL

Le meilleur outil pour savoir comment écrire un mot qui contient des voyelles brèves qui sont prononcées comme un [ǝ] est le dictionnaire innu; le guide de conjugaison est aussi utile pour connaître l’orthographe de formes verbales conjuguées.

STRATÉGIE D’APPRENTISSAGE POUR LES VOYELLES BRÈVES

L’écriture correcte des voyelles brèves fait partie de l’orthographe d’usage ou lexicaleORTHOGRAPHE LEXICALE : Orthographe qui ne découle pas de l’application de règle de grammaire (ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE). L’orthographe lexicale peut être basée sur la prononciation du mot, mais pas toujours : elle peut être en partie abstraite, pour des raisons, entre autres, historiques. C’est ce qui se produit en innu pour l’écriture des voyelles brèves, qui n’est pas toujours basée sur la prononciation actuelle d’un mot, mais sur une forme plus ancienne, historique. : on doit l’apprendre quand on apprend à écrire un mot et on doit recourir au dictionnaire en cas de doute.

Comme la langue innue est une langue qui est en grande partie basée sur la morphologie, c’est-à-dire sur la construction des mots à partir de morphèmesUn morphème est une partie de mot qui a une signification, par exemple mińu- dans mińuau c’est bon, mińumu c’est bien installé, mińuateu il l’aime bien; -pańu dans upipańu il se soulève, unipańu il se redresse, paupańu il se renverse; -amu dans uapatamu il voit qqch, kunamu il renverse qqch, naikamu il nettoie qqch. , il peut être utile de baser l’apprentissage de l’écrit sur ces morphèmes. En effet, comme un même morphème peut se retrouver dans un grand nombre de mots, connaître l’orthographe de ce morphème permettra d’écrire facilement plus de mots. Voici quelques exemples illustrant cette stratégie orthographique :

mishta- gros mishta-ashini grosse roche
    mishtakup paletot
    mishtameku baleine
 
-pitamu en vitesse, brusquement nashkuepitamu il prend qqch au passage en vitesse
    shepitamu il ouvre qqch en vitesse
    kupitamu il renverse qqch brusquement
    manipitamu il arrache qqch
 
-pan suffixe du passé atussepan il travaillait
    mishkamupan il a trouvé qqch
    atussekupan il devait travailler
    mishkamushapan [on sait maintenant qu’] il avait trouvé qqch

Chaque fois qu’on apprend l’orthographe d’un morphème, d’une racine, d’un radical, d’une flexion, on apprend en même temps à écrire un grand nombre de mots. C’est vrai pour l’apprentissage de l’orthographe des voyelles brèves comme de beaucoup d’autres règles orthographiques.

RECOMMANDATION

Il est important de bien écrire l’orthographe des voyelles. Toutefois, quand on lit, on doit prononcer ces voyelles comme on les prononcerait de manière naturelle dans son dialecte. Écrire en utilisant l’orthographe innue standardisée ne signifie pas qu’on change la manière de parler chacun des dialectes. Le Guide pratique d’orthographe montagnaiseDrapeau, L. et J. Mailhot. Guide pratique d’orthographe montagnaise. Québec : Institut éducatif et culturel attikamek-montagnais, 1989, item 3b. faisait la recommandation suivante : « NE PAS CONFONDRE ÉCRIRE ET PARLER! On écrit tous de la même façon, mais chacun prononce dans son propre dialecte. »

Pour en savoir plus…

LINGUISTIQUE : Le son [ǝ] est appelé en linguistique ou en phonétique schwa (ou schva). Il s’agit d’une voyelle centralisée. En effet, les voyelles peuvent être classées selon qu’elles sont prononcées en plaçant la langue vers l’avant de la bouche ([i], [e], [a]) ou vers l’arrière ([u]), et que la bouche est plus ouverte ([a]), mi-fermée ([e]) ou presque fermée ([i]). En phonétique, on représente cette manière d’articuler les voyelles à l’aide d’un schéma appelé trapèze vocalique, sur lequel on positionne les voyelles. Le schwa se situe au centre de ce trapèze vocalique, d’où le qualificatif qu’on lui donne de voyelle centralisée.

 

TRAPÈZE VOCALIQUE DE L’INNULe trapèze vocalique du français est plus complexe, parce qu’il y a plus de voyelles différentes dans cette langue qu’en innu.

Le phénomène de réduction de voyelles brèves à [ǝ] est appelé centralisation des voyelles. C’est un phénomène phonétique naturel qu’on retrouve dans beaucoup de langue (dont l’anglais pour les voyelles non accentuées).

Le schwa a aussi tendance à être effacé dans certains contextes, comme en français (par exemple petite [pti:t], je me demande [jmǝdmãd]) et en innu (nitakushin [nta:ku∫ǝn] je suis malade, pimi [pmi:] graisse).